Le 11 septembre 1973 un coup d'état militaire mettait fin aux
espérances rarissimes d'un gouvernement de gauche en Amérique du sud.
Un coup d'état préparé avec soin : une vague de grèves
sauvages du syndicat de transporteurs avait progressivement mis à genoux le
Chili puis les attentats, les fortes pressions économiques exercées
surtout par la multinationale américaine ITT. En réalité
tout était décidé, ni plus ni moins comme ça se produit
aujourd'hui, à la maison blanche de Washington.
Un an avant Henri Kissinger avait dit : " je ne vois pas pourquoi nous devrions rester
les bras croisés à regarder un pays devenir communiste à cause de
l'irresponsabilité de son peuple ". On lui donna le Prix Nobel de la Paix !
L'irresponsabilité du peuple chilien a été de choisir, en libres
élections, une coalition de gauche par Salvador Allende.
En Europe, les nouvelles et les images qui nous arrivaient du Chili
c'etait le bombardement de La Monea , les ratissages et surtout ceux des
prisonniers politiques enfermés dans le stade CHILE (qui aujourd'hui,
par dette pour l'histoire s'appelle Estadio Victor JARA ),
on pouvait percevoir arriver quelque chose de terrible.
Je me souvenais de ce que me racontait mon grand-père et mon père parlant
des fascistes et des allemands.Quand en Italie, c'étaient les années de
l'Italicus et des massacres d'état. L'Italie était le pays des
services secrets directs des fanatiques fascistes, des avions s'écrasaient sans
savoir pourquoi !?! Des attentats contre les syndicalistes et des embuscades
lancées vers les camarades: une situation très préoccupante.
Les patrons du monde s'enfermaient et se cachaient. La vigilance était une
obligation.
Les premiers réfugiés commençaient à
arriver du Chili, parmi eux tant de musiciens qui ont miraculeusement
échappé aux escadrons de Pinochet, d'autres qui par chance se trouvaient
hors du Chili quand a eu lieu le coup d'état. Quelques-uns commencerent à
enregistrer et à jouer en Europe et cela a permis à beaucoup d'entre nous
d'entrer en contact avec les membres des QUILAPAYON , des
"
INTI IILIMANI
, de
Violeta PARA et de tant d'autre. Je m'achetais un disque qui s'appelait :
Te recuerdo Amanda . Depuis je n'ai jamais cessé
d'écouter et de jouer cette musique.
Victor JARA
est né à Chillian, dans le sud du Chili,
le 28 septembre 1932. Fils de paysans, sa mère était aussi une excellente
chanteuse. Il s'intéresse au théâtre qui venait des campagnes.
En 59, JARA commence à parcourir l'Amérique latine,
l'Europe de l'Est et l'Union soviétique où il enregistra son premier
album. Il était militant des jeunesses communistes chiliennes. Ces
dernières existaient bien, il est bon de se souvenir afin qu'on ne se confonde,
et d'y mettre JARA avec tous les héros de ces temps, tous
cohabitent allègrement ensembles : Topolino e madre Teresa
Paperino et CHE GUEVARA, GANDHI et
ZAPATA, JARA était un communiste ! C'est la raison pour laquelle le 11 octobre
1973 il n'est pas resté chez lui à écouter la radio, ni cherché à fuir, mais
il alla à l'Université avec tous les camarades pour qui il avait composé et chanté
sa musique. Il fut capturé et emmené avec des milliers de personnes dans le stade de Santiago
(le même ou juste un an avant, il avait tenu un très joyeux concert) et après plusieurs
jours de tortures et de terreur, on lui a écrasé et coupé les mains, on l'a
trucidé !
Il y a une distance immensurable entre cet homme et les ex-communistes
qui nous administrent aujourd'hui. Je ne sais pas si ces seigneuries qui nous guident
ont déjà chanté ensemble avec tant d'autres. " El pueblo
unido Jamas sera vencido ", mais j'ai l'affreuse suspicion que ce soit
arrivé.
Peut-être aussi cet insipide guignol anglais qui a évité de faire
justice à la veuve de JARA, et à toutes les autres,
évitant de garantir à la justice espagnole l'exécuteur de ces
massacres, le général Pinochet. Lui aussi a dû chanter dans sa
jeunesse des chansons de JARA. Les meilleurs s'en vont toujours.
Le monde aurait été moins dégoûtant si le destin avait,
plutôt qu'Allende, pris ces repentis ex-jeunes, ex-tout! Mais c'est comme
ça.
Moi bien-sûr je ne pense pas que d'avoir produit une heure de musique puisse
restituer justice aux victimes des militaires fascistes en Amérique du sud, ou
restituer les terres aux paysans du nord-est du Brésil et rendre un peu moins dure
la matraque d'un policier mexicain, mais vu que les temps sont vraiment durs,
je sais que réécouter ces chansons nous donnera, à nous communistes
invétérés, un peu de force et de conscience en plus. Et c'est
pour cela que, par exemple, après des jours et des jours d'atroces doutes, j'ai
laissé le discours d'Allende en entier,
comme je l'ai reçu sur PC de tercera et je
l'ai mis là ou je pense être sa place, juste avant Te recuerdo Amanda
. est-ce vraiment le choix musical le plus opportun ? Dans les premières
écoutes inévitables, nous musiciens douteux, nous nous en remettons
à nos amis et les critiques furent unanimes : c'est trop long, ne le mets
pas au milieu du CD, plutôt à la fin ou au début, il serait
mieux de le couper... Non ! C'e ne serait pas juste. En écoutant Allende,
j'ai imaginé que quand Jésus Christ parlait, il parlait comme cela
et que si en son temps, eut existé un magnétophone, aujourd'hui Monseigneur
Ruiz dans Le Chiapas ferait réécouter tous les dimanche
l'enregistrement d'un discours très similaire à celui de ce disque.
Après tout y a-t-il une différence entre Caïfa et
Pinochet ? Et entre les romains et les américains ? Pas vraiment, et le sacrifice
se perpétue. Par conséquent, il faut être patient, et si vraiment
vous n'y arrivez pas, profitez de la technologie et programmez vous le disque comme
vous le voulez...
Pour moi en tout cas, ce discours reste la chose la plus juste jamais écouté.
Il nous aidera à traverser la mer de merde qui nous entoure dans ce triste et
préoccupant début de siècle.
L'histoire c'est le peuple qui la fait, le peuple c'est nous,
essayons de la faire pour le bien. Bonne écoute